( Matthieu Boivin -
Le Soleil ) -
(Québec) - La Société d'assurance automobile du Québec (SAAQ) a ouvert une enquête à la suite de la chute d'une charge de 35 000 livres sur une automobile qui a failli coûter la vie au conducteur jeudi.
«Nos contrôleurs routiers se sont rendus sur les lieux de l'accident. Ils ont fait des vérifications et feront un rapport», a indiqué, hier, une porte-parole de la SAAQ, Audrey Chaput.
On doit vérifier si les règles de sécurité pour le transport de ces blocs ont été bien suivies par Transport spécialisé RDC et si le permis de conduire du chauffeur était en règle. Pour conduire des camions, les chauffeurs doivent passer avec succès un examen à la SAAQ. La Société offre également une formation aux futurs chauffeurs, mais elle n'est pas obligatoire.
La Commission des transports du Québec (CTQ), qui accorde les permis pour l'exploitation de camions lourds, fera également des vérifications auprès de l'entreprise du boulevard Sainte-Anne afin de s'assurer que les mesures de sécurité y sont bien appliquées.
Il n'a pas été possible d'obtenir des renseignements sur l'état du dossier d'infractions au Code de la sécurité routière de Transport spécialisé RDC. «Ce sont des données confidentielles. Quand il y a des infractions, elles sont communiquées à la Commission des transports», a précisé Mme Chaput.
À la Commission des transports, le dossier de sécurité du remorqueur est jugé satisfaisant sans toutefois dévoiler si l'entreprise a commis ou non des infractions mettant en danger la sécurité au cours des dernières années.
La Commission reconnaît que Transport spécialisé RDC est une entreprise apparentée à Remorquage des Chutes, dont le permis de transport a été retiré en 2004, pendant cinq ans, à la suite de nombreuses infractions mettant en péril la sécurité routière. Les deux entreprises ont la même adresse. Dans la même décision, deux dirigeants de l'entreprise ont été déclarés inaptes à gérer
une entreprise de transport de camions lourds pendant cinq ans.
Constat implacable
Plusieurs infractions pour excès de vitesse ont été commises par des chauffeurs de Remorquage des Chutes, qui ont été impliqués dans bon nombre d'accidents. Sous la menace de mises à pied, les chauffeurs étaient contraints de falsifier leur carnet de route, où ils consignent leurs heures de travail. Invoquant, entre autres, l'absence d'une culture d'entreprise saine, la Commission avait conclu ne pas croire «à la ferme volonté de l'entreprise de changer de façon de faire réelle et durable de son comportement».
Pourtant, malgré, ce constat implacable, la Commission a accordé un permis à Transport spécialisé RDC. «C'est légal. Ce sont deux entités légales distinctes. Les deux personnes qui ont été déclarées inaptes pendant cinq ans pouvaient y travailler si leur travail ne concernait pas la sécurité», a indiqué le porte-parole de la Commission, Richard Angers.
La gestionnaire du poids lourd accepte sa responsabilité
Annie Fortier, la gestionnaire du poids lourd duquel est tombé un bloc d'acier de 35 000 livres sur une automobile jeudi après-midi sur le boulevard Charest, accepte sa responsabilité dans cet accident qui aurait pu avoir des conséquences très graves pour un homme de 25 ans de Québec.
«On a une part de responsabilité, c'est sûr», a indiqué Mme Fortier, qui est la seule actionnaire de la compagnie Remorquage spécialisé RDC. «Mon chauffeur est parti avec le chargement après être allé chercher la remorque chez EBC, à L'Ancienne-Lorette. Selon les lois, il était de sa responsabilité de s'assurer que le chargement devait être bien arrimé sur la remorque avant de partir.»
Selon Mme Fortier, les deux blocs étaient déjà arrimés sur la remorque quand son chauffeur d'expérience, un homme presque âgé de 60 ans, est arrivé chez EBC. Il a alors reculé son fardier vers la remorque, l'a attachée au camion, avant de prendre la route. Mme Fortier avance que les blocs étaient attachés de façon verticale sur la remorque et qu'ils auraient été lavés avant leur transport vers une destination du port de Québec.
«Du fer mouillé sur des chaînes en fer, c'est sûr que c'est plus glissant, dit-elle. Et si les blocs avaient été couchés au lieu d'être debout, ils ne seraient peut-être pas tombés. Mais je ne veux pas mettre la faute sur EBC, notre client. Nous avions un travail d'inspection à faire et il n'a pas été fait.»
En attendant, la gestionnaire affirme que son chauffeur demeurera à la maison jusqu'à ce qu'elle prenne une décision concernant son cas. Elle n'écarte pas le congédiement de cet employé.
Hypothèse confirmée
Du côté de Contrôle routier Québec, un porte-parole, Claude-Fabien Bilodeau, a confirmé que la thèse principale pour expliquer l'accident est un mauvais arrimage des blocs d'acier, qui devaient être utilisés comme contre-poids pour un système de grue. Les contrôleurs routiers ont pris des notes sur les lieux de l'accident et ont pris des photos de la scène. L'enquête devrait être complétée au cours de la semaine prochaine.
En ce qui a trait à la victime, un communiqué diffusé par l'hôpital où il se trouve a confirmé que l'homme n'a souffert que d'une fracture de la clavicule et qu'il éprouve aussi quelques problèmes respiratoires. Sa vie n'est pas en danger.
Des camions qui roulent... d'une compagnie à une autre
Même si l'entreprise Remorquage des Chutes a été fermée en février 2004 par la Commission des transports du Québec (CTQ), les activités de remorquage et de transport hors norme n'ont jamais cessé aux installations du boulevard Sainte-Anne, à Beauport.
En février 2004, la CTQ avait interdit à Remorquage des Chutes de continuer ses activités pour une période de cinq ans en raison de son bilan routier catastrophique. Elle avait aussi proscrit à ses administrateurs, Michel et Christian Fortier, de gérer de telles entreprises pour la même période.
En mars de la même année, la CTQ permet le transfert des actifs et des camions de Remorquage des Chutes à Remorquage Québec, qui était une propriété d'André Trudel. Celui-ci a notamment occupé les fonctions de chef de police aux anciennes villes de Sillery et de Chaudière-Ouest.
Christian Fortier demeure dans le paysage et s'occupe notamment de l'entretien des véhicules de Remorquage Québec et il remplit la même tâche pour Transport spécialisé RDC, la compagnie de sa soeur Annie Fortier qui a été fondée en 2001. Mme Fortier occupait notamment une position administrative chez Remorquage des Chutes lors de sa fermeture.
Bilan désastreux
En décembre 2005, M. Trudel décède. À la suite de cette mort, les camions de Remorquage Québec sont loués temporairement à Transport spécialisé RDC, l'entreprise d'Annie Fortier.
En novembre 2006, la CTQ interdit à Remorquage Québec de continuer ses activités en raison, elle aussi, de son bilan routier désastreux. La CTQ accorde alors la permission à Remorquage Québec, par l'entremise du Syndic Roy, Métivier et Roberge, de transférer une vingtaine de camions à l'entreprise Disnet Services financiers Inc.
Par la suite, Disnet Services financiers a permis à Transport spécialisé RDC de louer les véhicules qu'elle avait acquis de Remorquage Québec avec la permission de la CTQ.
Aujourd'hui, les affaires de Transport spécialisé RDC se poursuivent normalement. Annie Fortier en assure la direction, et son frère Christian s'occupe notamment de l'entretien des véhicules par le biais d'une compagnie à numéros.
La CTQ a toujours martelé que les Fortier agissaient de façon légale et qu'ils respectaient les lois.
Publié par : Marcel Charland
à 08:03:19
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